LE YOGA ORIGINEL, CHEMIN DE VIE , CHEMIN D'AMOUR

Extrait du livre de Paramahamsa Prajnanananda

Chapitre 4: Le Yoga et la Vie de famille

Om srnvantu visve amrtasya putrah
a ye dhamani divyani tasthuh
vedahametam purusam mahantam
aditya varnam tamasah parastat
tameva viditva atimrtyum eti
nanyah pantha vidyate ayanaya
(Svetasvatara Upanisad 2-5 & 3-8)


(Cette prière tirée du Svetasvatara Upanisad est composée de la deuxième moitié du cinquième verset du deuxième chapitre et du huitième verset du troisième chapitre qui sont communément récités ensemble.)

Nous sommes tous des enfants de l'immortalité. Nous devons percevoir la présence de Dieu en nous, en dehors de nous, partout. Si l'on arrive à le percevoir, nos vies seront alors plus belles, plus paisibles et plus divines. Si l'on n'arrive pas à le percevoir, la vie peut être pénible. Ce chant tiré des Upanisads est un appel à tous: "Oh, enfant de l'immortalité! Mène une vie divine et embellit ce monde." Om, Amen.

La Spiritualité n'Est Pas Que Pour Les Moines

Dans la mythologie indienne, il y a l'histoire d'un fils et de son père. Le père est un érudit réputé et un sage. Le fils est tout aussi intelligent et mène une vie de jeune célibataire dans la stricte discipline. Le père ordonne à son fils d'aller voir un gourou pour continuer son apprentissage des disciplines spirituelles. Lorsque le fils demande quel gourou il doit aller voir, le père répond qu'il devrait aller voir un certain roi pour recevoir son enseignement. Le fils est surpris d'entendre qu'un brahmachari comme lui doive aller voir un roi pour apprendre la spiritualité. Avec quelqu'hésitation, il suit les directives de son père et se met en route pour aller voir le roi. Lorsqu'il arrive au palais du roi, l'autorisation de le voir lui est refusée pendant trois jours pendant lesquels personne ne s'occupe de lui. Mais il attend patiemment. Finalement le roi le fait appeler et lui demande quel est le but de sa visite.

Au moment de cette rencontre, le roi est en partie dévêtu et de jolies filles lui font un massage. Le jeune brahmachari se met à penser: "Comment cet homme peut-il être mon gourou et quel genre de spiritualité peut-il m'enseigner? Pourquoi mon père m'a-t-il envoyé ici?" Ses pensées sont interrompues par le roi qui lui demande: "Ton père t'a-t-il envoyé ici pour méditer et continuer ton apprentissage de la vie spirituelle?" Il répondit que oui. Le roi lui demande alors s'il peut d'abord lui rendre un service, ce que le jeune homme accepte.

Le roi lui donne un pot rempli d'huile à ras bord et lui demande de faire le tour du palais avec le pot et de revenir le voir. Le roi donne ses ordres pour que de nombreuses distractions soient organisées le long de son périple, telles que de la musique et des danses. Un peu plus tard, le jeune brahmachari revient voir le roi avec son pot plein d'huile. Le roi lui demande: "As-tu renversé de l'huile?" Le jeune homme répond que non. Le roi lui demande alors: "N'as-tu rien remarqué en chemin?" Il répond que non. Le roi lui dit: "Il y avait plein de musique et de danses sur ton chemin. Ne l'as-tu pas remarqué?" Le jeune homme répond: "Mon attention était complètement concentrée sur le pot d'huile. A la moindre distraction j'aurais renversé de l'huile. Toute ma concentration était dirigée sur le pot." Alors le roi lui dit: "Mon enfant, tu étais mécontent de voir mon entourage. Mais, de même que toute ton attention était concentrée sur le pot d'huile, sans que la musique ou la danse ne puisse t'en distraire, mon attention est entièrement concentrée sur Dieu uniquement et sur rien d'autre."

A la suite de cela, le jeune brahmachari resta avec le roi pendant quelques temps en tant que disciple, engagé dans la pratique spirituelle, puis quitta le palais après avoir rendu au roi le respect qui convient. Ce jeune homme était Suka et son père le sage Vyasa, l'auteur de la Baghavad Gita, du Mahabharata et de nombreuses autres écritures. Le roi était Janaka. Je raconte cette histoire pour montrer que la spiritualité n'est pas le monopole des moines ni d'un certain groupe de gens, mais est pour tout le monde.

Un jour, lors d'une réunion en Inde où je devais prendre la parole sur la Gita, l'hôte était le Chef de la Justice, et il prit la parole avant moi. Dans son discours il dit que la Baghavad Gita était pour les moines, ceux qui ont renoncé à tout et les yogis. Prenant la parole après lui je dis: "Avec toutes les excuses que je lui dois, je me permets de contredire l'orateur qui vient de parler avant moi. C'est un chef de famille, Krishna, qui a enseigné la Baghavad Gita à un autre chef de famille, Arjuna, au milieu d'un bataille. Krishna et Arjuna étaient tous deux mariés avec plusieurs femmes et vivaient au sein du monde. Si un chef de famille peut enseigner la Baghavad Gita à un autre chef de famille, d'où viennent ces moines qui la pratiquent? La Baghavad Gita est pour tout le monde." Dans la société, les moines et les célibataires viennent aussi d'une famille. Le chef de famille est la racine de la société toute entière et il assure la nourriture et le logis à ceux qui en ont besoin.

Dans le monde animal, lorsqu'une vache par exemple donne naissance à un veau, en quelques minutes le veau est capable de se tenir debout, de boire son lait et même de marcher. Mais un bébé humain a beaucoup moins de défenses et dépend beaucoup plus des soins de sa mère. L'enfant humain dépend de ses parents pendant plus longtemps au niveau physique, mental et intellectuel.

Les Yogis Chefs De Famille

Le yoga est pour tout le monde y compris les chefs de famille. Si vous considérez la lignée des Maîtres du Kriya, vous verrez que Lahiri Mahasaya était un père de famille. Shriyukteswar était au départ un père de famille et embrassa plus tard une vie de renoncement. Shri Sanyal Mahasaya fut aussi un chef de famille toute sa vie durant. Lorsqu'on observe la vie de ces Maîtres, on est encouragé à penser que le yoga est aussi pour les chefs de famille et que de vivre en famille n'est pas un obstacle à la vie spirituelle. Il est bon d'être un chef de famille et de dissimuler sa spiritualité. La spiritualité est un état d'esprit intérieur, un état d'équilibre. La vie indisciplinée d'une personne non mariée est moins bonne que celle d'un chef de famille discipliné. La plupart des sages de l'Inde ancienne étaient mariés. De grands sages comme Vyasa, Vasistha ou Atri, dont nous suivons toujours la splendide sagesse et les enseignements, étaient tous mariés, avaient des enfants et menaient une vie familiale idéale et disciplinée.

Comment peut-on mener une vie yogique tout en restant en famille et au sein de la société? Tout le monde ne doit pas devenir moine, ni ne peut devenir moine. On n'a pas besoin d'un grand nombre de moines. Ce qu'il nous faut, ce sont de meilleurs chefs de famille. Souvenez-vous que les moines ne viennent pas du ciel. Ils sont issus d'une famille. J'ai une mère et un père. Je ne suis pas tombé du ciel pour vous enseigner.

Il y avait un prince qui devint roi après la mort de son père. La reine, sa mère, savait que son fils était destiné à mourir un an plus tard. Un jour elle le fit appeler et lui dit: "Ton père avait de nombreuses épouses mais pendant longtemps il n'arriva pas à avoir d'enfant. Après des années de prière et de méditation j'ai fini par te concevoir. Mais je dois te dire que tu n'as plus qu'un an à vivre. Tu as le choix entre deux possibilités: tu peux soit jouir de la vie pendant un an et, à la fin, trouver la mort ou abandonner la jouissance pour prier et méditer pendant un an et voir ce qui arrive."

Le fils, troublé par cette nouvelle répondit: "Si tu connaissais ce secret, pourquoi m'as tu laissé me marier avec toutes ces femmes? Après toute cette vie de luxe et de jouissance tu veux maintenant que je quitte tout et me mette à méditer? Je ne sais pas comment prier, ni comment méditer. Qui va m'apprendre et être mon gourou?"

La mère répondit: "Mon fils si tu veux ton propre bien, suis moi." Elle l'emmena tard dans la nuit pour rencontrer un balayeur. L'histoire raconte que, lorsqu'ils arrivèrent, le balayeur était assis dans la rue et ordonnait aux balais de la balayer, ce à quoi ils obéissaient. Puis ils virent le jeune fils du balayeur s'approcher de son père et lui demander de l'eau de noix de coco verte. Le balayeur ordonna à un cocotier de se pencher vers le sol pour que son fils puisse cueillir une noix de coco verte. Le prince, impressionné par les pouvoirs magiques du balayeur vint se prosterner à ses pieds avec la reine. La reine demanda au balayeur d'enseigner la méditation à son fils et de l'aider à conquérir la mort, ce que le balayeur accepta et le jeune prince conquit la mort par la pratique de la méditation et du yoga.

Cette histoire a été reprise dans une très belle chanson écrite dans ma langue maternelle et que ma mère chantait. Je l'ai apprise d'elle. Un jour ma mère me demanda: "Ne vas-tu pas te marier?" Je lui répondis: "Ne serais-tu pas comme la mère de l'histoire que tu me chantais quand j'étais enfant?"


Un Rôle A Jouer

Nous devons vivre dans le monde de telle sorte que l'harmonie s'établisse entre nos vies spirituelle, sociale et familiale.

Examinons la vie de Lahiri Mahasaya. Il se maria jeune, n'avait pas de père, dut faire face à des disputes avec ses frères, travailla et prit soin de sa femme. En plus de son activité professionnelle principale, il fut forcé de prendre un travail supplémentaire de tuteur privé pour pouvoir entretenir sa famille. Après son initiation au Kriya alors qu'il avait la trentaine, il voulait rester avec son gourou, Babaji, et mener une vie monastique. Mais il fut renvoyé dans le monde pour démontrer par l'exemple qu'un chef de famille peut aussi être un yogi. Sa vie est un message pour tous. Après son initiation il eut cinq enfants. Ne pensez pas que pour méditer, maris et femmes ne peuvent pas être ensemble. Il suffit de pratiquer la modération. Lahiri Mahasaya fut confronté à de nombreuses situations pénibles au cours de sa vie. L'une de ses filles mourut et une autre était veuve, mais il y fit face d'une façon équilibrée et détachée.

Shriyukteswar était marié. Après le mariage de sa fille et la mort de sa femme, avec la permission de sa vieille mère, il se fit moine. Même après cela il continua à s'occuper de sa mère, faisant le nécessaire pour qu'elle puisse aller vivre à Bénarès comme elle le souhaitait.

Arjuna ne voulait pas faire la guerre et aurait préféré se faire moine, mais Krishna lui demanda de faire son devoir, et d'aller au combat. Nous ne devons pas fuir la vie mais lui faire face avec force et courage.

Un européen marié écrivit une lettre à Baba à propos du manque de coopération de sa femme avec sa pratique du Kriya Yoga. Je lus sa lettre à Baba mais il n'y répondit pas. Plus tard je me rendis en Europe et rencontrais le couple à un programme. Je demandais au mari s'il avait reçu une réponse à sa lettre. Il dit que non. Je dis alors que j'aimerais leur parler à tous les deux et je leur demandais s'ils vivaient vraiment ensemble. Immédiatement le femme répondit: "Nous vivons ensemble mais il dort dans une autre pièce parce qu'il ne peut pas méditer quand je suis près de lui. " Je lui dis: "Vous n'êtes pas moine. Si vous voulez devenir moine, quittez tout et allez-vous en." Il dit qu'il ne pouvait pas le faire car il avait une femme et un fils. Je lui dis alors: "Dieu vous a mis dans une certaine situation. Jouez donc votre rôle au mieux. Aimez vous et vivez ensemble." C'était il y a un an et demi. Il sont maintenant si heureux et ils méditent ensemble. Lorsque je suis allé récemment en Allemagne, ils sont venus passer une semaine et lorsque je suis allé en Hollande, ils y étaient aussi. Ils rendent service à leur précepteur et pratiquent le Kriya ensemble.

Un autre jeune homme en Europe vint à moi avec le même problème. Il me dit que, dès qu'il s'asseyait pour méditer sa femme allumait la télévision, claquait les portes et faisait pleurer les enfants. Je lui dis qu'il fallait qu'il fasse savoir à sa femme qu'il l'aimait. Elle se sentait insécurisée et ressentait sa méditation comme un obstacle entre eux deux. Je lui conseillais de rentrer chez lui et d'être plus attentif envers sa femme et de méditer lorsqu'il en trouverait le temps. La pratique du souffle du Kriya est si belle que, même lorsque vous êtes occupés à autre chose, il est possible de concentrer votre attention sur le souffle. Un mois plus tard, il revint avec sa femme qui voulait être initiée. Nous devons vivre en société et en famille avec amour et modération. La vie de chef de famille nous fait grandir spirituellement.


Organiser Son Temps

Lahiri Mahasaya disait que Dieu ne nous avait donné que vingt quatre heures par jour et qu'il nous fallait un plan pour les organiser. Il établit un emploi du temps détaillé pour ces vingt-quatre heures. Il les divisa en trois périodes de huit heures chacune. Chacun de nous possède trois qualités, sattvique, rajasique et tamasique en quantité proportionnellement variée. Sattvique est calme, rajasique est active et agitée et tamasique est paresseuse, oisive et fainéante. Lahiri Mahasaya recommandait donc de passer huit heures à des activités sattviques, huit heures à des activités rajasiques et huit heures à des activités tamasiques. Il réservait donc huit heures ou un tiers pour le travail, pour gagner sa vie, un tiers pour le repos, pour les loisirs et un tiers pour la famille et la méditation.

Planifiez votre temps. Fixez-vous un horaire régulier pour méditer tous les jours. Si vous pratiquez régulièrement la méditation Kriya, votre temps de sommeil diminuera. Il fut un temps où je dormais entre 18 et 20 heures par jour. Je dormais même en classe. Je ne me levais que pour manger et prendre une douche. Plus tard, avec la pratique du Kriya tout se mit à changer.

Fixez-vous une période d'au moins un quart d'heure si possible pour lire ensemble avec votre famille des livres inspirés.

A suivre au prochain numéro...
Extrait de Le Yoga Originel, Chemin de Vie, Chemin d'Amour de Paramahamsa Prajnanananda, Editions du Dauphin.
Copyright 1999 Prajnana Mission. Tous droits réservés.


Retour