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FLEUVE DE COMPASSION Extrait d'une biographie de Paramahamsa Hariharananda par Paramahamsa Prajnanananda. Chapitre 3: En Route Pour Puri Puri: La Demeure du Seigneur Jagannath
Le climat est modéré, parfois humide, mais très propice à la méditation et à la pratique spirituelle. Du fait de sa situation sur la côte, Puri est considérée comme une station balnéaire. Puri est une ville sainte où chaque mois sont célébrés des festivals religieux qui y créent un surcroît d'activité et renforcent sa beauté. Le Festival du Chariot du Seigneur et la cérémonie du Bain attirent des millions de visiteurs du monde entier. Bien que de petite taille, Puri est une ville cosmopolite. Le temple offre le darshan de la forme " sans forme " du Seigneur de l'Univers, tel qu'il est décrit dans les Védas et d'autres Saintes Ecritures. L'océan représente la gloire de la Nature en tant que Mère Divine et rappelle à l'homme sa propre nature intérieure. Voir l'océan ouvre l'esprit à l'amour et au calme. Des saints et sages de différentes religions sont attirés à Puri pour y prêcher leur évangile. Les habitants y sont très tolérants et ont les idées larges. Ils honorent et aiment tout le monde. On y trouve des centaines d'ashrams et de monastères, petits et grands, et des milliers de moines pratiquant avec foi et amour les techniques reçues de leurs gourous. Swami Shriyukteswar se rendit plusieurs fois à Puri pour y recevoir le darshan du Seigneur Jagannath et pour y discuter des Ecritures et d'astrologie avec d'autres érudits. Il y avait en effet un grand nombre d'érudits renommés dans différentes branches de la philosophie et des sciences qui y résidaient. A l'époque il n'y avait pas de desserte directe par le chemin de fer et il prit donc un bateau à vapeur qui s'y rendait par la mer. Il logeait généralement dans un ermitage du nom de Vidura Math qui se trouvait près de l'océan. A côté du Vidura Math se trouvait un terrain vague où il allait méditer à l'occasion. La vibration spirituelle qu'il ressentait à cet endroit l'incita à y créer un ashram. A l'époque, il n'avait pas encore été initié aux ordres monastiques et était connu sous le nom de Priyanath Karar. Il se rapprocha donc de la municipalité locale pour proposer la création d'un ashram destiné à devenir un Centre de Méditation Kriya Yoga ainsi qu'un centre de discussion des Ecritures, d'éducation et de pratique spirituelle. Il obtint l'autorisation de louer le terrain pour une durée de 99 ans. Etant un astronome et astrologue réputé, il considérait le 22 mars (le jour de l'équinoxe de printemps quand le jour et la nuit sont d'égale durée) comme un jour favorable et fonda l'historique Karar Ashram à cette date en l'an 1903. Non seulement Karar était le nom de famille de Priyanath mais il signifie également sevaka ou serviteur. Le vrai service est celui qui rend un individu capable de réaliser son véritable état, le Soi, grâce auquel il trouve la paix et la béatitude. En vue d'implanter la graine de la spiritualité dès l'enfance, Shriyukteswar créa une école pour jeunes célibataires. Les activités régulières de l'ashram comprenaient prière quotidienne et méditation tôt le matin, étude et enseignement pendant la journée, satsanga l'après midi et méditation le soir. En plus il y avait des promenade sur la plage et des baignade, des visites au temple Jagannath et parfois du temple Loknath à la périphérie de la ville. Shriyukteswar encourageait ses étudiants à lire la Baghavad Gita et l'Evangile de Ramakrishna ainsi que d'autres écritures. Une autre particularité de l'ashram était l'observation régulière du onzième jour de la quinzaine lunaire. En ce jour particulier, toutes les activités du centre se poursuivaient à l'exception de l'enseignement et de la cuisine. Dans l'après midi, de la nourriture en provenance du temple Jagannath arrivait à l'ashram et était servie aux résidents. Jeudi était le jour de repos. Les étudiants, les enseignants et autres résidents prenaient part au nettoyage, à la préparation des repas et au jardinage. Dès le début le Karar Ashram devint un centre d'attraction pour les véritables chercheurs spirituels. Après le mahasamadhi de Shriyukteswar, le corps physique de ce grand yogi fut enterré dans l'enceinte de l'Ashram par son cher disciple Paramahamsa Yogananda dans la position du lotus comme le veut la tradition. Il y a maintenant à cet endroit un joli petit temple avec un autel, un Siva Linguam et un endroit réservé à la méditation silencieuse. Cet Ashram est chargé de vibrations spirituelles qui introvertissent et calment le mental facilement. Après le mahasamadhi de Shriyukteswar, Paramahamsa Yoganandaji initia bramachari Sudhir de l'Ashram de Ranchi à l'ordre des swamis et lui confia la tâche d'entretenir la demeure de son Gourou avec soin et amour. Le nouveau swami fut connu sous le nom de Sevananda. Réalisation de la prophétie de Swami Shriyukteswar "Que tu le veuilles ou non" dit un jour Shriyukteswar au jeune Rabi, " tu auras une grande destinée. Ta vie n'est pas comme celle des gens ordinaires qui passent leur temps et dépensent leur énergie dans les plaisirs matériels. Ta vie est destinée au renoncement et à la réalisation, si ce n'est pas tout de suite, cela arrivera plus tard à coup sûr." Telle fut la prophétie du grand Gourou Shriyukteswar à son jeune disciple Rabi qui était à l'époque indécis sur son entrée dans l'ordre monastique et sa poursuite d'une vie à l'ashram. Le temps est le juge éternel et le témoin de tout. A la fin, la vérité l'emporte. La séparation physique de son Divin Gourou était vraiment insupportable pour un disciple sincère comme Rabi et Paramahamsa Yogananda était loin en Occident, difficile à joindre même par courrier. De plus en plus de méditation et de prière sincère rendirent Rabi de plus en plus introverti. Celui qui se serait arrêté à son aspect extérieur, ses vêtements à la mode et ses traits élégants, n'aurait pu imaginer qu'il y avait en lui cette flamme brûlante du renoncement, l'appelant à chaque moment de silence: "Debout, réveille-toi, fais des efforts sincères et atteins la réalisation." Il approchait la trentaine. Les membres de sa famille voulaient le marier. Son père connaissant la destinée de son enfant depuis sa naissance attendait silencieusement que sa prédiction astrologique se réalise. Son gourou précédent, Shri Bijoy Krishna l'encourageait à fonder une famille tout en continuant la méditation et la pratique spirituelle. Mais l'âme était assoiffée de méditation plus profonde et d'entrer au royaume de la béatitude céleste, le samadhi. Chez tout chercheur spirituel un combat s'engage entre d'un côté la sécurité d'une vie sociale et de l'autre le désir de la réalisation du Soi. Celui qui est sincère et sérieux met de côté toutes les tentations temporaires des plaisirs du monde et saute dans le feu du renoncement. Finalement Rabi décida de prendre un congé d'environ deux mois et d'aller à Puri pour se changer les idées et méditer plus profondément. Il envoya l'un de ses proches amis en éclaireur pour trouver un logement convenable à louer dans les environs immédiats du Karar Ashram. Le gourou immortel Le Gourou est immortel. Son enveloppe mortelle peut décliner et mourir, mais l'esprit immortel du Gourou guide le disciple de maintes façons pour atteindre la finalité de la réalisation du Soi. Paramahamsa Yoganandaji qui avait enterré le corps de son cher Gourou dans le sable du Karar Ashram eut la surprise de le voir à Bombay dans sa chambre d'hôtel, qui était fermée à clé. "Est-ce bien vous en chair et en os !", s'écria t-il surpris et incrédule. La magnifique conversation entre le gourou immortel et le disciple divin est retranscrite dans son Autobiographie d'un Yogi. Tout le monde a lu la résurrection de Jésus dans la Sainte Bible. Au début beaucoup de ses disciples y compris Thomas ne pouvaient y croire, mais lentement la nuée de confusion et d'incrédulité se dissipa. L'âme est immortelle. On peut se matérialiser en fonction de son niveau spirituel pour accomplir la Volonté Divine. Shriyukteswar le démontra à plusieurs reprises. L'ami de Rabi arriva à Puri. Après s'être rapidement renseigné, il atteignit le Karar Ashram. En cette saison, il n'y avait pas grand monde à Puri. Très peu de maisons et d'hôtels étaient directement en bord de mer. S'étant introduit dans l'enceinte de l'Ashram le jeune homme rencontra un vieux moine et une brève conversation s'ensuivit. Avant même qu'il ait pu énoncer le pourquoi de sa visite, le vieux moine lui dit: "Vous êtes venu de la part de Rabi pour trouver une maison convenable pour y passer quelques temps. Ne vous inquiétez pas. Il y a une maison bien meublée au sud de l'Ashram. La personne qui s'occupe de cette maison vit près d'ici. Si vous lui dites que vous venez de la part du Karar Ashram, il n'y aura aucun problème pour la louer." Le jeune homme était un peu surpris et se demandait comment ce vieux swami connaissait son ami Rabi. Il fit toutes les démarches nécessaires pour louer la maison au nom de Rabi et l'en informa. Rabi demanda un congé à son employeur pour raison de santé et se rendit à Puri par le train. C'était sa première visite à Puri. Le train approcha lentement la gare de Puri. L'excitation faisait battre le cur de Rabi. La gare de Puri est remplie de prêtres du temple et de leurs représentants qui essayent de faire affaire avec les pèlerins en leur offrant de les aider à trouver un logement à Puri et pour le darshan au temple Jagannath. Evitant la foule, Rabi sortit lentement de la gare. Il toucha le sol de Puri et s'en marqua le front. Le sable sacré de Puri fit vibrer le corps de Rabi. Il monta dans un pousse-pousse et donna l'adresse du Karar Ashram. Le pousse-pousse se dirigea lentement vers la mer. C'était un matin de juin. La première fois qu'il vit l'immensité de la mer, Rabi fut transporté d'amour pour Dieu. Il sauta du pousse-pousse et courut vers la mer, oubliant ses bagages et tous ses objets de valeur. C'était l'appel de l'infini à l'âme du jeune chercheur. Il était littéralement devenu fou d'amour pour Dieu et pour la Nature qui n'est rien d'autre qu'une de Ses manifestations. Un jour, Shri Chaitanya devint fou en regardant le bleu de la mer, ce qui lui rappelait son bien-aimé Krishna, et il se précipita dans l'eau inconscient de ce qui l'entourait. Les pêcheurs durent aller à plusieurs reprises à sa rescousse pour le sauver des eaux de la mer. Rabi était captivé par la vision de l'océan et perdu dans l'extase divine. Le pauvre conducteur de pousse-pousse était déconcerté et attendait sur le bord de la route. Au bout d'un moment il apporta les bagages de Rabi près de la mer et dit: "Qu'est-ce que vous faites ? Je ne peux pas attendre toute la journée. Il faut que je retourne au travail. J'ai une famille à nourrir." Le jeune homme, absorbé dans sa vision de l'océan et en extase divine, lui prit les sacs des mains et lui donna une bonne somme d'argent. Le pauvre conducteur n'avait jamais vu une somme pareille de toute sa vie. Il dit: "Mais, Monsieur, c'est beaucoup plus que ce que vous me devez! Est-ce que vous êtes-vous fou?" "Je vous en prie, gardez tout comme un cadeau d'ami, mais n'en dites rien à personne", répondit Rabi. Le conducteur de pousse-pousse n'avait jamais vu un jeune homme aussi fou et si généreux, bien qu'il ait vu des centaines de touristes, de pèlerins, de moines et de saints hommes en visite à Puri. Inquiet pour Rabi, il resta sur la route et garda un il sur lui. Au bout d'un moment Rabi revint dans son état normal et se souvint qu'il était en route pour sa nouvelle maison qu'il n'avait pas encore vue. Le conducteur de pousse-pousse l'amena à sa nouvelle maison située juste à côté de l'Ashram de son bien-aimé Gurudev. On pouvait voir l'Ashram depuis la terrasse de la maison. Le jour de l'arrivée de Rabi à Puri était un jour de pleine lune, un jour de célébration spéciale au temple du Seigneur Jagannath. Les trois déités du temple principal sont amenées à l'extérieur vers un autel de bains pour la cérémonie spéciale du bain. Après la pleine lune personne ne peut plus voir le Seigneur pendant seize jours complets. Ensuite on célèbre le fameux rathayatra (festival des chariots) de Jagannath. Le soir Rabi vint recevoir le darshan de Jagannath. Il flottait vraiment dans un océan d'extase, comblé par la triple vue de l'océan, du Seigneur Jagannath et entre les deux de la sainte demeure de Shriyukteswar. Il pria Dieu mentalement pour qu'il lui accorde la chance de rester à Puri plus longtemps. Après sa méditation du soir Rabi se promenait sur la terrasse de sa résidence avec son ami. Il faisait presque noir mis à part la faible lueur de la lune suspendue dans le ciel. La brise rafraîchie par la mer caressait leurs corps. De la terrasse ils pouvaient voir l'océan d'un côté et l'Ashram de l'autre. Sous la faible clarté de la lune l'Ashram était bien visible. Depuis la terrasse, Rabi aperçut Swami Shriyukteswar, son Gurudev bien-aimé, marchant dans les jardins de l'Ashram en direction de sa résidence! Il frissonna et ses cheveux se dressèrent sur sa tête tandis qu'il pensait: "Vous êtes grand! Vous êtes un précepteur éternel!" Puis Rabi tendit le doigt vers Shriyukteswar et demanda à son ami: "Est-ce que tu vois quelqu'un qui marche dans le jardin et vient lentement dans notre direction?" Son ami répondit: "Oui, c'est le vieux moine qui m'a indiqué cette maison et celui qui s'en occupe." Rabi répliqua: "C'est mon Gurudev bien-aimé, Swami Shriyukteswarji." Surpris, son ami enchaîna: "Quoi? Ne m'as tu pas dit que ton Guruji n'est plus dans son corps?" "C'est exact", dit Rabi. Son ami était effrayé. Il avait rencontré et s'était entretenu avec un mort, sans doute un esprit. S'écriant "UN FANTOME", il s'évanouit. Il fallut un bon moment à Rabi pour le ramener à son état normal. Le divin maître a le pouvoir de prévoir le futur de son disciple. Mais au début le disciple ne peut comprendre la prophétie du gourou-précepteur. Lorsque l'étudiant s'en rend compte, il peut avoir perdu un temps précieux. Tel est le jeu Divin. A la Kumbha Mela d'Allahabad où Priyanath (nom pré-monastique de Swami Shriyukteswarji) s'était rendu pour jouir de la sainte présence d'un grand nombre de moines, un jeune homme l'interpella: "Swamiji, Swamiji, venez, je vous en prie. Un mahatma veut vous parler. Priyanath ne comprenait pas pourquoi on l'appelait "Swamiji". Lorsqu'il se trouva en la présence du moine qui voulait le voir, Priyanath demanda: "Je suis un père de famille. Pourquoi m'appelez-vous Swami?" Le moine répondit avec un sourire: "Je dis ce que je vois et ce que je dis se réalise. Pourquoi cela te chagrine-t-il?" Ce moine n'était autre que Babaji, le grand avatara et le bien aimé parama Gourou de Priyanath. Dix ans plus tard la prévision de Babaji se réalisa lorsque Priyanath reçut l'initiation monastique et devint Shriyukteswar. De même, Shriyukteswar encouragea Rabi à aller à Puri et à s'installer à l'Ashram pour y méditer en isolement et Rabi pensa qu'il n'était pas prêt. Mais la vision de Shriyukteswar était lentement en train de prendre forme et de devenir réalité. Chaque jour Rabi allait au Karar Ashram pour prier, méditer et passer du temps au samadhi de Shriyukteswar, une hutte de chaume et de bambou. Pendant son séjour de quelques mois à Puri, le jeune Rabi attira l'attention de nombreuses personnes instruites et de personnages officiels de la ville, avec son apparence soignée, ses manières cultivées et sa personnalité plaisante. Ils étaient fascinés par ce jeune homme riche et bien éduqué et s'en firent un bon ami. Quelque temps s'écoula en méditation et à se faire de nouveaux amis. Le mois de novembre 1937 arriva. C'était un jour de nouvelle lune dédié au culte de la Divine Mère Kali qui se célèbre à minuit. A l'époque un bon nombre de familles Bengalies vivaient le long de la côte dans les environs de Swargadwara. Tout était prêt pour la célébration des rites du culte de Kali, mais le prêtre qui devait jouer le rôle du tantra dharaka pour la lecture et les chants tirés des écritures n'était pas là. C'était l'heure de commencer la cérémonie et les organisateurs commençaient à s'inquiéter. Voyant leur détresse Rabi qui était présent s'approcha pour les aider. Voyant ce jeune homme vêtu à l'occidentale, il lui demandèrent avec surprise: "Vous! Vous connaissez ces écritures compliquées?" "Je vous en prie, commencez la cérémonie et vous verrez", répondit humblement Rabi. La cérémonie commença. Tout le monde était étonné devant les compétences de Rabi en matière de rites du culte et de chants des mantras et par sa mémoire remarquable. Durant cette période Rabi visita aussi d'autres ashrams et maths faisant connaissance avec des moines et observant leurs activités. Il eut également la chance de rencontrer des personnalités divines telles que Ananda Moyee Ma, la bienheureuse mère, Nanga Baba et bien d'autres. A suivre au prochain numéro... Extrait de Paramahamsa Hariharananda, Fleuve de Compassion,
une biographie écrite par Pramahamsa Prajnanananda. On peut
se la procurer en anglais à http://www.kriya.org/catalog_store/spg_books.htm
, devrait être publiée en français en 2007 |